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PARC SUD

Esprits sains dans des corps sains

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Pour se libérer des tensions liées à la crise sanitaire, deux frères conjuguent sport et actions de solidarité. Le 14 juin, ils ont fait l’aller-retour Nanterre-Deauville dans la journée dans le but de collecter de l’argent et de réaliser une maraude.

Durant le confinement, Ryvane Ngwenje, 26 ans, et son frère Larry n’attendaient qu’une seule chose : 19 h. Heure à laquelle ils pouvaient se rendre dans le parc André-Malraux pour faire un footing et des exercices de renforcement musculaire. « Je tournais en rond chez moi. J’avais été contraint de fermer mon barber shop que je tiens à Courbevoie. Le sport m’était indispensable pour décompresser », confie Ryvane. Très vite, leur grande sœur Rasiane les rejoint avec quelques copines du côté de la colline pour enchaîner les squats et les burpees. « Au fil des jours, nous avons formé un petit groupe d’une dizaine de personnes, munies de masques, en respectant la distanciation sociale. » Chaque soir, hommes et femmes se vident la tête en faisant chauffer leurs abdos et leurs fessiers. Dans ce groupe informel, il y a des jeunes des Pablo, des étudiants logés à la résidence universitaire, des jeunes mamans et des entrepreneurs du quartier. « La diversité du groupe est belle à voir. On retrouve un repris de justice et un avocat côte à côte en train de suer et de se motiver mutuellement dans l’effort. »

Aider les victimes de la crise

À la fin de l’entraînement mené quotidiennement par Larry, les membres du cercle discutent et déterminent les actions de solidarité qu’ils pourraient proposer en ce temps de crise sanitaire. « Nous avons commencé par faire des courses pour des voisins des tours Aillaud qui ne pouvaient pas aller dans les supermarchés. » Quand le feu vert a été donné pour le déconfinement, le groupe se met à imaginer des défis sportifs qui pourraient être l’occasion de collecter des fonds. Le dimanche 17 mai, Ryvane, Larry et les autres décident de faire l’aller-retour Nanterre-Disneyland Paris à vélo. « Ce jour-là, les gens du quartier nous ont soutenus en donnant 500 euros. Cette somme nous a servi à préparer des repas que nous avons distribués lors d’une maraude, porte d’Aubervilliers à Paris », rapporte Ryvane. Plusieurs jeunes des Pablo étaient présents lors de la distribution. « Les échanges que nous avons eus avec les “crackers” ont marqué les esprits. Les junkies à la rue nous ont raconté comment la drogue les consume. En revenant au quartier, nous avons mesuré la chance que nous avions et certains ont compris les pièges à éviter. »

Un besoin de communion dans le quartier

Avec la reprise progressive d’une vie normale, le cercle s’élargit autour de la fratrie Ngwenje, qui n’abandonne pas le rendez-vous quotidien à la colline du parc André-Malraux. À partir de 18h, une quarantaine de personnes sont là chaque soir pour s’entraîner avec le coach Larry. Sept d’entre eux sont remontés sur leur bicyclette le dimanche 14 juin pour réaliser cette fois l’aller-retour Nanterre-Deauville dans la journée. La performance est relayée sur le réseau social Snapchat, l’information circule dans le quartier toute la journée. Quand les athlètes rentrent au bercail dans la soirée, avec 400 km dans les jambes, une foule se masse au pied des tours Aillaud pour les féliciter. « L’accueil que nous ont réservé nos voisins a été hyper chaleureux. Ces dernières semaines ont été difficiles dans le quartier, la crise sanitaire a amplifié les tensions sociales, économiques et avec la police. Les habitants avaient besoin de communion et de lâcher la pression. » Les bonnes ondes qui se dégagent depuis le lancement de leurs initiatives les encouragent aujourd’hui à créer une association pour pérenniser leurs actions. La fratrie a déposé les statuts pour monter l’association baptisée La Promenade. Cet été, Ryvane, Larry et Rasiane ont envie d’organiser régulièrement des défis. Dimanche dernier, une trentaine de femmes ont participé à une course à pied qui faisait une boucle de Nanterre au bois de Boulogne.
« Notre prochain challenge sera d’aller à Londres à vélo… »