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CHEMIN-DE-L’ÎLE

Les héros de la tech’

Écrit par : Catherine Portaluppi

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En avril dernier, le docteur Joachim se familiarisait avec l’interface du pousse-seringue développé par l’Electrolab.

Un pousse-seringue électrique élaboré à partir du prototype conçu au printemps par l’Electrolab de Nanterre sera bientôt utilisé dans les hôpitaux français.

« Face à l’urgence, on a sorti notre cerveau et on a essayé de répondre ! » Dix mois après le début de la crise sanitaire, Yannick Avelino, cofondateur de l’Electrolab – lieu de bidouille, bricolage et usinage en tous genres –, ne cache pas sa fierté.

Mars 2020, la vague Covid submerge les hôpitaux. Les adhérents de l’Electrolab cherchent à se rendre utiles. L’un des leurs, Jona Joachim, médecin anesthésiste à l’hôpital Lariboisière, les alerte sur une urgence en particulier : le manque à venir de pousse-seringue, un dispositif médical qui permet de délivrer les médicaments indispensables à la réanimation. « Très vite, dix personnes y ont travaillé à temps plein, à distance. » Jona Joachim leur prête un ancien modèle, les ingénieurs et bricoleurs s’aident de vieux manuels d’utilisation et conçoivent en un temps record un prototype, imprimé en 3D. Il est aussitôt testé au laboratoire biomédical de Lariboisière, puis perfectionné, expérimenté en conditions réelles. L’appareil est pensé pour être fabriqué en urgence, « avec les moyens du bord, fraiseuse, scie sauteuse ou imprimante 3D ». Le prototype intéresse le ministère de l’Économie, qui fédère autour du projet d’Electrolab un groupe de partenaires : AQLE, Alliansys, la Comex, le Cetim. « Les gens d’Electrolab se sont donnés sans compter, c’était magnifique à voir », raconte Damien Asselin, président-directeur général d’AQLE, fabricant de matériel électronique.

Fin avril, la vague décroît, le besoin de pousse-seringue se fait moins pressant. Qu’importe, Electrolab met en ligne les plans de son OpenSyringePump, sous licence libre, utilisable partout dans le monde et « par la médecine humanitaire, par exemple », explique Jona Joachim. Ultime rebondissement fin novembre : l’État, soucieux d’indépendance dans ce domaine stratégique, accorde son soutien à l’entreprise Comex pour le développement et la fabrication d’un pousse-seringue français élaboré à partir du prototype d’Electrolab. L’appareil devrait être certifié puis commercialisé en 2021. Pour le plus grand bonheur de Yannick Avelino : « C’était une belle histoire qui nous a beaucoup occupés… »

À lire : « Electrolab fabrique des visières de protection pour les soignants », Nanterre info spécial Covid, avril-mai 2020.